Contexte
Retour sur la catastrophe du 26 décembre 2004 à Pondichéry
" La ville de Pondichéry et ses faubourgs ont été durement touchés par le tsunami causé par le tremblement de terre du 26 décembre 2004 au large des côtes indonésiennes. On y a confirmé les nombres de 735 personnes décédées et de 250 personnes blessées. Mais il restera toujours un nombre indécis de personnes disparues.La vague géante s'est aussi abattue sur les 19 villages côtiers autour de Pondichéry, entre Kanakachettikulam et Murthykuppam, où l'on déplore 600 morts et des centaines de personnes portées disparues. Les eaux ont causé d'immenses dégâts aux maisons et ont emporté les bateaux, les filets et d'autres ustensiles domestiques. Les terres cultivables ont été couvertes d'eau salée. »
Ce constat définitif ne rapporte pas de données plus difficilement quantifiables, comme le nombre de victimes indirectes de cette catastrophe, les déshérités, les désœuvrés, les isolés. Les faubourgs de Pondichéry, qui comptaient déjà des milliers de familles vivant au jour le jour sur les trottoirs de la ville, ont accueillis des centaines d'autres traumatisées et réfugiées des alentours. Parmi eux des enfants isolés, des garçons mais aussi des filles. Après la phase d'urgence et de désordre post-catastrophe, a donc commencé la longue phase de la reconstruction sur laquelle « Enfants de tous Pays » s'est engagé, en créant une maison d'accueil pour ces enfants des rues.
Notre partenaire indien
C'est avec Clara Aloysius , responsable et la fondatrice de l'association indienne Kiruba Seva Trust, que nous avons construit le projet d'une maison d'accueil pour les enfants isolés des rues de Pondichéry.
Clara Aloysius est une religieuse indienne de l'ordre de Cluny. Depuis 2003, elle a pris congé de sa congrégation pour travailler auprès des enfants et des chiffonniers des rues de Pondichéry. Lors des premières rencontres avec les familles et les enfants des rues, Clara Aloysius cherchait le meilleur moyen d'aider ces personnes. Elle en est venue à la conclusion qu'il fallait créer une maison d'accueil et de réadaptation par l'éducation. Elle a ainsi créé Kiruba Seva Trust en février 2003.
Historique
Le Centre Communautaire de Kiruba a donc été créé le 5 février 2003. Il a pour objet d'assurer le bien-être et la réhabilitation des enfants de la rue à Muthialpet, Pondichéry. Les débuts de l'association indienne ont été très difficiles. Partie de rien, Clara Aloysius a su rassembler autour d'elle assez de personnes pour pouvoir agir concrètement et professionnellement. Avec quelques dons et legs de petits matériels des habitants du quartier elle a accueilli les trois premiers enfants. Clara s'est alors entourée de plusieurs travailleurs sociaux dévoués comme elle à la cause des enfants déshérités. Tous ont entrepris un long travail de rue : ensemble ils sont allés rendre visite régulièrement à 153 familles et 124 enfants dans les rues du quartier de Muthialpet. Ils leurs ont parlé du projet de leur association et ont tenté de gagner peu à peu leur confiance. 54 de ces enfants sont des filles et c'est prioritairement vers elles que Kiruba a souhaité porter son action. En effet, les conditions de vie dans la rue pour ces très jeunes filles sont très difficiles. Les violences sexuelles auxquelles elles sont soumises sont des traumatismes lourds.
En mars 2004, après un long travail de rue, l'association accueillait déjà dix enfants. Ce nombre se voyant toujours limité faute de moyens. Au début du mois de janvier 2005, nous prenions contact avec Clara Aloysius grâce à un bénévole de l'association « Enfants de tous Pays » parti repéré les besoins dans cette partie du pays, suite à la catastrophe humanitaire causée par le tsunami. Elle venait d'accueillir en urgence dix autres enfants venus se réfugier dans les murs du centre social. Elle nécessitait des fonds pour pouvoir les héberger plus longtemps, nous avons donc décidé de construire un projet ensemble pour leur venir en aide, ainsi qu'à d'autres enfants arrivés dans les faubourgs de la ville.
Au cours des mois suivant, certains des premiers enfants accueillis en urgence ont pu retrouver un proche pouvant les prendre en charge. Kiruba a néanmoins continué à travailler auprès d'un groupe d'enfants isolés repérés dans sur faubourgs de la ville non loin de la maison d'accueil. Au début, les travailleurs sociaux donnaient un chiffre de 12 jeunes filles (chiffre sur lequel nous avons basé notre projet) mais c'est 15 filles qui ont été accueillies pour l'ouverture de la maison Jahouvey, le 1 er août 2005, privilégiant ainsi la sauvegarde de trois fratries.
L'équipe
Clara Aloysius a regroupé autour d'elle une équipe de 5 femmes qui gérent la maison d'accueil avec elle. Certaines de ces personnes travaillaient déjà auparavant avec elle depuis la création de l'association.
La maison
Depuis l'accord de partenariat entre nos deux associations, Kiruba Seva Trust s'est mis à la recherche d'une maison pouvant accueillir les 15 enfants dans la même structure que les 10 autres enfants déjà accueillis avant la catastrophe, pour des raisons économiques évidentes. Depuis trois ans les 10 premiers enfants vivaient dans une maison très ancienne, nécessitant une rénovation rapide. Kiruba a donc profité de cette occasion pour retrouver une maison moderne et plus confortable pour accueillir l'ensemble des 25 enfants.
L'équipe a ensuite déménagé puis compléter l'aménagement de la nouvelle maison, suivant le budget que nous avions établi ensemble sur le projet initial. La maison Jahouvey a été inaugurée le 15 juillet 2005.
Une fois le projet lancé, nous avons entrepris avec l'association indienne de construire avec des outils adaptés un projet pédagogique afin de répondre au mieux aux difficultés et aux réalités de la vie dans les rues de Pondichéry. Nos expériences propres ont ainsi pu aboutir à la réalisation d'un texte sur lequel nous nous sommes entendus pour travailler, prenant en compte par exemple le relationnel avec les parents et la société environnante des enfants. Nous nous sommes mis d'accord sur de nombreux points afin de gérer correctement ce projet et qu'il puisse se développer et vivre correctement, suivant les besoins des enfants. Ainsi nous avons construit ensemble des outils communication et d'évaluation simples et constructifs.
La maison d'accueil et l'équipe éducative permet de répondre avec succès aux objectifs visés au début de notre projet : Subvenir aux besoins de base : en apportant aux enfants une alimentation équilibrée, de vraies nuits de sommeil, de quoi se laver et se soigner ; Créer des liens affectifs : à travers une écoute attentive, des échanges, des jeux, et surtout une attention permanente de la part de l'équipe éducative. Apprendre l'autonomie : par l'intermédiaire de petites tâches qui le responsabilisent (courses, ménage, rangement…), l'enfant reprend peu à peu confiance en lui et apprend l'autonomie.
Eduquer, socialiser : à travers des règles et des valeurs inculquées par l'équipe éducative (respect, partage, tolérance, politesse…), valables au sein de la maison comme à l'extérieur (à l'école, en ville, …).
Scolariser, former : l'instruction et la formation professionnelle représentent les principales conditions d'accès à l'autonomie future de l'enfant. Aussi, « Enfants de tous Pays » et Kiruba Seva Trust met tout en oeuvre pour apporter aux enfants cette instruction à laquelle ils ont droit.
Tous ces objectifs ne s'atteignent pas en un jour. Ils sont fonction du rythme de chaque enfant, de son histoire, de sa personnalité. Aussi, les deux principaux outils des éducateurs dans leur travail auprès des enfants sont le temps, et le partage de la vie quotidienne, où chaque chose a son importance.
Les enfants
Depuis le 1 er Août 2005, les 25 enfants accueillis par notre partenaire Kiruba Seva Trust sont enfin rassemblés et accueillis dans la maison baptisée : « Kiruba Javouhey Home ». A cause de leur instabilité psychologique, il y a encore de forts risques qu'ils s'enfuient et retrouvent leur vie des rues. Ils viennent et repartent fréquemment sans prévenir. Pour cette raison il est encore difficile de garder un groupe stable. Actuellement la maison accueille 20 enfants. Parmi eux il y a 3 garçons et 17 filles. Lors de nos premiers contacts avec notre partenaire indien nous envisagions pouvoir accueillir 12 filles, repérées par les travailleurs sociaux de Kiruba Seava Trust sur les quatre grands boulevards qui entourent Pondichéry. Mais quelques semaines avant l'ouverture de la maison le groupe était passé à 15 filles du fait de fratries recomposées.
Nous avons ensuite continué à développer notre action pour tous les enfants des rues qui étaient là avant le tsunami et qui restaient encore après. Leurs conditions n'ont en rien changé avec cet évènement sur lesquels se sont focalisés les médias du monde entier. Et nous ne pouvions envisager avec notre partenaire de leurs refuser l'accueil, car ils n'étaient pas soit disant victimes directes de cette catastrophe. Tous les enfants sont maintenant scolarisés à l'école publique du quartier. Un ramassage scolaire a même été envisagé avec un conducteur de rickshaw.
Projet à suivre…
Depuis plusieurs mois déjà, Clara Alyosius met en place un projet d'envergure pour venir en aide à un plus grand nombre de filles des rues. Elle souhaite construire une structure de réinsertion à grande échelle composée de quatre foyers d'urgence, comme celui que nous avons créé ensemble et d'une maison d'accueil plus importante où en plus d'un internat, un enseignement scolaire et professionnel serait donné aux enfants déjà resocialisés via les foyers d'urgence. Ce modèle s'inspire d'une action similaire pour les garçons des rues, menée par l'une de ses consœurs de Pondichéry.
Ce projet se voit accéléré à ce jour, car le propriétaire actuel de la maison louée par l'association veut reprendre possession de son bien et devra expulser les enfants en avril 2007. Le premier objectif de ce grand projet est donc d'acheter un terrain et d'y construire un premier foyer d'accueil. Devenir propriétaire des lieux occupés est une bonne chose pour trois raisons essentielles. Cela permettrait d'une part de ne plus être tributaires des changements de propriétaires ou des refus de la grande majorité d'entre eux de loger des enfants des rues, qui sont très largement rejetés de la société. Cela serait d'autre part plus économique, car les frais pour d'une maison adaptée à l'accueil de plus de vingt enfants et de l'équipe éducative est bien supérieure au loyer que nous devons payer actuellement.
Enfin cela permettrait de construire une maison à la mesure de l'action menée. En effet la maison actuellement louée était avant une maison familiale commune, qui laisse les enfants et l'équipe à l'étroit. Il n'y avait pas l'équipement nécessaire pour effectuer un bon travail auprès des enfants. Par exemple : il faudrait un jardin, avec des espaces de jeu et de culture pour avoir quelques légumes et quelques fleurs. Ceci aiderait les enfants à apprécier le fruit de leur travail. Il faudrait aménager des lieux séparés entre grands et petits, qui vivent à des rythmes différents. Il faudrait des espaces privatifs pour le personnel, car actuellement le personnel et les enfants partagent les mêmes toilettes et le personnel est souvent malade.
Parrainer un enfant indien - Pondichéry








